L’un est président, l’autre Premier ministre. Ensemble, ils ont incarné la promesse d’un changement profond au Sénégal. Mais à mesure que le pouvoir s’installe, les divergences entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko se creusent. La crise autour de la coordinatrice de la coalition révèle un malaise plus profond : celui d’une alliance née dans la lutte, aujourd’hui menacée par l’exercice du pouvoir.
Depuis plusieurs jours, le climat politique au Sénégal est marqué par un affrontement inédit au sommet de l’État. Le président Bassirou Diomaye Faye et son Premier ministre Ousmane Sonko, jusque-là présentés comme les deux visages d’une même révolution politique, s’opposent désormais ouvertement. La pomme de discorde est le poste de coordinatrice de la coalition DioamayeMoySonko, auquel chacun veut nommer une coordinatrice.
Crise entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko
Une querelle politique s’est déclarée au sommet de l’État sénégalais. Le président Bassirou Diomaye Faye a annoncé, le 11 novembre, le limogeage de Aïssatou Mbodj, proche du Premier ministre Ousmane Sonko, du poste de coordinatrice de la coalition présidentielle. Il a désigné pour la remplacer Aminata Touré, ancienne Première ministre de Macky Sall et actuelle Haute-représentante du président. Ce geste a immédiatement provoqué une réaction virulente du Pastef, parti dirigé par Sonko, qui a dénoncé un excès de pouvoir du chef de l’État.
Selon le bureau politique du Pastef, le poste de coordinatrice ne relève pas de l’autorité présidentielle. Cette fonction, purement politique, consiste à maintenir la cohésion et la discipline de vote des députés de la coalition à l’Assemblée nationale. « Le président n’a pas ce pouvoir », ont déclaré les proches de Sonko, estimant que seule la direction du parti pouvait statuer sur cette nomination. Le « Pastef et ses alliés ne se reconnaissent dans aucune initiative coordonnée par Mme Touré », précise le communiqué du bureau du parti.
Cette confrontation révèle les fractures internes au sein du duo exécutif qui dirige le Sénégal depuis avril 2024. Ousmane Sonko, lors d’un meeting à Dakar quelques jours avant la décision présidentielle, avait publiquement réaffirmé sa confiance en Aïssatou Mbodj. En réponse, Bassirou Diomaye Faye a confirmé sa volonté d’imposer Aminata Touré, perçue comme une figure de confiance et une alliée politique de longue date.
Un duo à la croisée des chemins
Le face-à-face entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko n’est pas une simple querelle personnelle. Il illustre une lutte d’influence au cœur du pouvoir sénégalais. Lorsque Sonko, empêché de se présenter à la présidentielle, avait désigné Faye comme son successeur, l’accord reposait sur un engagement idéologique commun : moraliser la vie publique, restaurer la souveraineté nationale et rompre avec les pratiques de l’ancien régime. Mais à mesure que le pouvoir s’est consolidé, la logique institutionnelle a repris le dessus sur la logique militante.
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Ce conflit révèle aussi la difficulté d’articuler deux légitimités concurrentes; celle issue des urnes, incarnée par Diomaye Faye, et celle du combat politique, représentée par Sonko. L’un cherche à gouverner dans le cadre institutionnel, l’autre à défendre la radicalité qui a fait naître leur mouvement. Cette dualité, longtemps présentée comme une force, devient aujourd’hui une source d’instabilité pour le Sénégal.
Dans un contexte de tensions économiques et sociales, cette crise politique pourrait fragiliser davantage la coalition au pouvoir. Si le dialogue ne reprend pas entre les deux hommes, le pays risque d’assister à la fin d’un tandem qui portait l’espoir d’un renouveau démocratique. Le Sénégal, qui croyait avoir trouvé un équilibre inédit entre engagement militant et gouvernance responsable, pourrait bien voir s’éteindre l’une des alliances politiques les plus singulières de son histoire récente.






