Retrait des pays de l’AES de la CPI : la justice pénale internationale en péril ?

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Retrait des pays de l'AES de la CPI : la justice pénale internationale en péril ?

C’est officiel, la justice pénale internationale connait un nouveau revers. L’Alliance des États du Sahel (AES) a annoncé son retrait de la CPI dénonçant un système perçu comme partial et néocolonial. Ce nouveau désengagement soulève des interrogations sur la légitimité et l’avenir de la justice pénale internationale.

Le Burkina Faso, le Mali et le Niger ont annoncé, ce 22 septembre 2025, leur retrait conjoint de la Cour pénale internationale (CPI), marquant une rupture supplémentaire avec l’ordre juridique international porté par les institutions occidentales. Réunis au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES), ces 3 pays invoquent des raisons de souveraineté et dénoncent un outil de pression néocolonial au service de puissances étrangères. Cette décision, prise avec « effet immédiat », n’entrera toutefois en vigueur que dans un an, conformément au statut de Rome.

Vers une remise en cause de la justice pénale internationale ?

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Créée en 2002, la CPI a pour mission de poursuivre les crimes les plus graves : génocides, crimes de guerre, crimes contre l’humanité et crimes d’agression. Pourtant, la justice pénale internationale qu’elle incarne est régulièrement accusée de partialité, notamment à l’égard du continent africain. Plusieurs personnalités africaines, comme l’ancien président ivoirien Laurent Gbagbo ou le chef de guerre congolais Bosco Ntaganda, ont été poursuivies; certains condamnés, d’autres acquittés.

Malgré son mandat universel, la CPI peine à convaincre de son impartialité, surtout dans les pays du Sud. Les griefs contre la Cour ne datent pas d’hier. En 2016, le Burundi, la Gambie et l’Afrique du Sud avaient déjà tenté de claquer la porte, dénonçant une institution qui cible principalement les dirigeants africains. Si la Gambie et Pretoria avaient ensuite fait marche arrière, ce nouvel épisode pourrait relancer une dynamique de retrait collectif, au moment où d’autres puissances comme les États-Unis, la Chine, la Russie ou encore Israël n’ont jamais ratifié le traité fondateur.

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La Hongrie, pour sa part, a quitté la CPI en 2025, dénonçant le mandat d’arrêt émis contre le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu. En Afrique, la montée des régimes militaires souverainistes, en rupture avec l’Occident et proches de la Russie, contribue à fragiliser davantage la justice pénale internationale. Les pays de l’AES qui font face à des insurrections terroristes, affirment que la CPI reste silencieuse face aux exactions occidentales ou aux interventions étrangères jugées illégitimes, et qu’elle n’agit que de manière sélective, renforçant un sentiment d’injustice.

En parallèle de leur retrait, le Burkina Faso, le Mali et le Niger ont annoncé leur intention de créer une Cour pénale sahélienne, présentée comme un mécanisme « endogène » et plus adapté aux réalités locales. Cette initiative vise à offrir une alternative à la justice pénale internationale, tout en affirmant leur souveraineté judiciaire. Cette nouvelle donne, met encore plus à mal cette Cour qui peine déjà à se faire entendre dans les conflits en Ukraine et à Gaza.

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