La tentative de renversement du pouvoir, avortée dans la nuit du 7 au 8 décembre 2025, révèle les fragilités internes de l’appareil militaire béninois et marque un tournant dans la gestion régionale d’une crise sécuritaire. Cet article revient sur les faits et analyse les enseignements majeurs que le Bénin peut en tirer.
Dans la nuit du 7 au 8 décembre 2025, le Bénin a frôlé une rupture institutionnelle majeure. Une faction de militaires a tenté de renverser les autorités légitimes, en ciblant des hauts gradés et en se dirigeant vers la résidence du Président Patrice Talon. Cette opération coordonnée a été finalement déjouée grâce à la réaction rapide de l’Armée républicaine et au concours décisif de forces régionales. Mais au-delà du récit des événements, cette crise sécuritaire soulève d’importantes questions sur les vulnérabilités internes du pays et les capacités de réponse de ses institutions.
Une mutinerie organisée et une riposte immédiate
La tentative de coup d’État a débuté par des attaques ciblées contre des officiers supérieurs, notamment aux domiciles du général Bertin Bada et du général Abou Issa. Plusieurs enlèvements, dont celui du colonel Faïzou Gomina, ont marqué les premières heures d’une opération orchestrée depuis la base militaire de Togbin. Les mutins, armés et appuyés par des blindés, ont ensuite tenté d’atteindre la résidence présidentielle, où la Garde républicaine les a stoppés après de violents affrontements. Cette séquence tragique, au cœur de la crise sécuritaire, a causé des pertes humaines et un profond choc national.
Intervention de la CEDEAO : une coordination régionale renforcée
Face à la menace, l’Armée béninoise a rapidement repris l’initiative, notamment en neutralisant les assaillants qui avaient brièvement occupé la Télévision nationale. Pour éviter un assaut sanglant à Togbin, le Chef de l’État a autorisé des frappes aériennes ciblées. Le Nigeria, dans le cadre de la coopération régionale, a apporté son soutien par des opérations aériennes, suivi d’une force en attente déployée sur la base. Une unité spéciale ivoirienne a également été prépositionnée à Cotonou. Cette mobilisation rapide consacre une nouvelle doctrine régionale : aucune crise sécuritaire impliquant une tentative de putsch ne sera tolérée.
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L’épilogue et les décisions gouvernementales
La libération du général Abou Issa et du colonel Gomina à Tchaourou, au petit matin du 8 décembre, a marqué la fin de la mutinerie. Lors du Conseil des ministres extraordinaire le même jour, le gouvernement a rendu hommage aux victimes, lancé des enquêtes pour établir les responsabilités et annoncé la réparation des dommages collatéraux subis par les civils. Le Président Talon a salué la loyauté de l’Armée et la solidarité des pays voisins, rappelant que cette crise sécuritaire devait renforcer la cohésion nationale.
Les enseignements de cette crise sécuritaire
Cet épisode met en lumière la nécessité de consolider la discipline au sein des forces armées, mais aussi d’améliorer les mécanismes de renseignement et la coordination interforces. Il confirme également que la stabilité béninoise ne peut être dissociée de la solidarité régionale, désormais proactive face aux menaces de déstabilisation. Enfin, il renforce l’idée que la prévention des crises sécuritaires passe autant par une armée républicaine forte que par un dialogue continu sur la gouvernance et l’État de droit.






