Le député français Bruno Fuchs a jeté un pavé dans la mare diplomatique ce vendredi matin en affirmant que « la junte au pouvoir à Bamako va tomber dans quelques semaines ou quelques mois ». Des propos tenus sur les ondes de RFI qui résonnent comme une provocation dans un Mali déjà en proie à une crise multidimensionnelle.
Invité du média français RFI, le député français et président de la commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale s’est exprimé sur la crise que vit le Mali. Récemment revenu de Nairobi au Kenya où il a accompagné le président français Emmanuel Macron au sommet Afrique-France, le député français a affiché une position assez tranchée sur la solution à la crise malienne. Des déclarations qui risquent de raviver davantage les tensions déjà profondes entre la France et les autorités maliennes de transition.
Au cours de son entretien, Bruno Fuchs a estimé que les autorités maliennes étaient désormais « en position de faiblesse » face aux offensives conjointes du Front de libération de l’Azawad (FLA) et du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM). Selon lui, les Russes seraient même « en train de négocier leur départ du Mali », signe d’un possible affaiblissement du dispositif sécuritaire mis en place par Bamako depuis le départ des forces françaises.
Le député français est allé plus loin en évoquant l’éventualité d’un dialogue politique avec le JNIM, dans une transition de 6 six mois qui serait dirigée par « l’un des militaires de la Transition mais qui ne serait pas Goïta ». Selon lui, le groupe terroriste serait prêt à déposer les armes, à condition de participer à la vie politique. Cette position tranche avec la ligne officielle des autorités maliennes, lesquelles considèrent les groupes djihadistes comme des organisations terroristes avec lesquelles aucune négociation n’est envisageable.
Le député français Bruno Fuchs/ Crédit Photo : Stephane Lemouton/SIPA
Bamako, soutenu par ses partenaires russes de l’Africa Corps, affirme au contraire poursuivre une stratégie de reconquête militaire et de restauration de la souveraineté nationale. Ces déclarations risquent d’alimenter davantage la défiance entre le Mali et la France. Depuis la rupture entre les deux pays et le départ de l’opération Barkhane, les autorités maliennes accusent régulièrement Paris d’entretenir une stratégie de déstabilisation indirecte.
Les propos de Bruno Fuchs, qui semblent envisager favorablement une chute de la transition militaire, pourraient renforcer cette perception dans l’opinion publique malienne. Au-delà de la polémique, cette sortie médiatique illustre surtout la bataille d’influence qui oppose aujourd’hui la France et la Russie au Sahel. Tandis que Paris critique la stratégie sécuritaire de Bamako, les autorités maliennes continuent d’afficher leur confiance dans la coopération militaire russe et assurent que la riposte contre le FLA et le JNIM se poursuit sur le terrain.