D’Antananarivo à Rabat, la Gen Z s’impose comme un acteur politique nouveau. Très critique envers les dirigeants, ses modes d’organisation et ses revendications dessinent une pression durable sur le pouvoir. A Madagascar comme au Maroc, ce mouvement de fond marque un tournant dans la gouvernance africaine.
Depuis la fin septembre 2025, deux mouvements jeunesse massifs secouent Madagascar et le Maroc, portés par des jeunes nés à l’ère numérique, la Génération Z (Gen Z); un terme qui désigne les personnes nées entre la fin des années 1990 et le début des années 2010 (environ 1997-2012). Ces mouvements, sans leaders clairement identifiés, revendiquent des droits élémentaires : eau, électricité, éducation, santé, dignité.
La Gen Z, la nouvelle opposition aux dirigeants africains !
Débutées le 25 septembre 2025, les manifestations à Madagascar étaient mues par des revendications sur des besoins immédiats : un accès stable à l’eau et à l’électricité dans la capitale Antananarivo et ailleurs. Mais face à la répression des forces de l’ordre, les revendications se sont élargies à des demandes de plus de transparence dans les comptes de l’État, de lutte contre la corruption, et même à la démission du président Rajoelina
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Au Maroc, les revendications initiales sont du même ordre; social. Face à la dégradation persistante des services publics, les jeunes réclament une amélioration des services de santé, de l’éducation, la création d’emplois pour les jeunes; ils critiquent aussi le détournement des priorités de l’État qui réalise de grands projets sportifs à la place des besoins fondamentaux.
La Gen Z se distingue par l’usage intensif des réseaux sociaux et des plateformes en ligne (TikTok, Discord au Maroc, Instagram) pour s’organiser, dénoncer, mobiliser. Ces outils permettent de lancer des appels à la grève, à la manifestation ou à la désobéissance, sans passer par les structures traditionnelles comme les partis politiques ou les syndicats. Ce mode d’organisation donne aux revendications une diffusion rapide, une capacité à fédérer au-delà des frontières régionales du pays, et une souplesse face à la répression.
Un véritable moyen de pression
Face aux mouvements, les gouvernements réagissent : discours, promesses, parfois des actes. À Madagascar, le président a dissous le gouvernement, limogé des ministres, reconnu des manquements, mais cela ne suffit pas aux manifestants qui exigent sa démission. Au Maroc, l’exécutif propose le dialogue, s’engage à examiner les réformes en éducation et santé, et présente ses réponses comme « positives et responsables ». Mais ces jeunes poursuivent l’interpellation et exigent des actes concrets et des changements structurels, pas seulement des paroles d’apaisement.
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Le mouvement, sans leadership formel, peut manquer d’organisation centralisée ou de stratégie à long terme, ce qui peut rendre ses objectifs difficilement traduisibles en politiques publiques durables. Néanmoins, malgré la répression sanglante à laquelle elle fait face, la Gen Z a déjà prouvé qu’elle peut faire plier le pouvoir : dissolution de gouvernement à Madagascar, promesses de réforme au Maroc.
De Madagascar au Maroc, la Gen Z ne se contente plus d’observer le jeu politique; elle en devient un acteur central. Face à des partis d’opposition souvent perçus comme inertes ou compromis, cette jeunesse hyperconnectée s’impose comme une force de rupture. Les dirigeants africains n’ont plus affaire à des revendications classiques encadrées par les règles institutionnelles, mais à une mobilisation directe, agile et déterminée, qui exige des résultats concrets et immédiats. En s’appuyant sur les outils numériques, ce mouvement redéfinit les rapports de force et bouscule durablement les équilibres du pouvoir.






