Migration piégée : le rôle trouble des influenceurs dans le scandale Alabuga Start

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Migration piégée : le rôle trouble des influenceurs dans le scandale Alabuga Start

Séduire, recruter, exploiter. Derrière les vidéos enjôleuses d’influenceurs vantant de prétendus programmes de formation à l’étranger, se cache parfois une réalité glaçante. L’affaire Alabuga Start en Russie en est la preuve éclatante : des jeunes Africaines, attirées par la promesse d’emplois et d’opportunités, se sont retrouvées dans une usine d’armement, privées de leurs droits et exposées à des conditions abusives. Entre chômage endémique, illusions numériques et responsabilité des influenceurs, ce scandale met à nu les nouveaux visages de la traite humaine à l’ère digitale.

En Afrique, le rêve d’une opportunité professionnelle à l’international continue de séduire des milliers de jeunes. Mais ce rêve vire trop souvent au cauchemar. Dernier exemple : le programme Alabuga Start, promu comme une chance unique de formation et d’emploi en Russie, et relayé par des influenceurs très suivis comme la Sud-Africaine Cyan Boujee. Derrière les vidéos léchées et les promesses d’avenir radieux, se cache pourtant un piège sordide.

L’influence au service d’un mirage

En juillet 2024, Cyan Boujee – de son vrai nom Honor Zuma – publiait une vidéo vantant les avantages du programme russe auprès de ses 900 000 abonnés Instagram. Voyage pris en charge, promesse de formation, perspectives d’emploi : le discours était calibré pour convaincre une jeunesse assoiffée d’opportunités. Mais très vite, les révélations ont montré l’envers du décor.

Alabuga Start : la réalité cachée des recrues africaines en Russie

Selon un rapport du Centre de ressources sur les entreprises et les droits de l’homme, relayé par l’Associated Press, Alabuga Start n’avait rien d’un projet de formation : il servait en réalité à recruter des jeunes femmes africaines pour travailler dans une usine d’armement de la zone spéciale d’Alabuga, au Tatarstan, où sont assemblés des drones destinés à la guerre en Ukraine.

Promesses trompeuses, conditions abusives à Alabuga

Les candidates, venues principalement d’Afrique centrale et orientale, avaient été séduites par des promesses de formations dans l’hôtellerie ou l’industrie légère. Sur place, elles découvrent la vérité : leur travail consistait à assembler des drones.

Les témoignages recueillis font froid dans le dos : confiscation immédiate des passeports, surveillance constante, salaires très inférieurs aux promesses, isolement forcé, sans communication libre avec les familles, et dans certains cas, exposition à des produits chimiques nocifs entraînant des problèmes de santé.

Selon plusieurs sources, près d’une centaine de jeunes femmes africaines travailleraient aujourd’hui encore dans cette usine, aux côtés d’étudiants russes, dont certains n’ont pas plus de 15 ans.

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Réseaux sociaux et vulnérabilité économique

Le scandale prend racine dans une réalité bien connue : le désespoir lié au chômage des jeunes en Afrique. En Afrique du Sud, où le taux de chômage des 15-34 ans dépasse les 45 %, ces offres alléchantes paraissent crédibles. Des influenceurs comme Peachy Sprinkles, Ghost Hlubi, Seemah ou Zillewizzy ont eux aussi relayé le programme, avant de supprimer leurs publications après les révélations.

Pour Clayson Monyela, responsable de la diplomatie publique au ministère sud-africain des Relations internationales, il s’agit d’un cas typique de traite humaine : « Ces offres trop belles pour être vraies cachent souvent des réseaux criminels. Les jeunes filles doivent redoubler de vigilance et contacter nos ambassades avant toute démarche. »

Quand l’influence devient irresponsable

Ce scandale relance un débat crucial : la responsabilité des influenceurs. En Afrique du Sud, le Code des médias sociaux de l’Advertising Regulatory Board stipule depuis 2019 que toute publicité en ligne doit mentionner clairement les partenariats rémunérés et éviter toute communication trompeuse. Or, dans cette affaire, des influenceurs ont servi de relais à une opération assimilée par des ONG à une filière de traite humaine.

L’affaire Alabuga Start révèle une double duperie : celle des réseaux qui exploitent la vulnérabilité des jeunes Africains, et celle d’influenceurs qui, en quête de contrats lucratifs, ferment les yeux sur les réalités derrière les campagnes qu’ils promeuvent.

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