L’Assemblée nationale sénégalaise examine ce mardi 28 avril un projet de réforme du code électoral porté par des députés du PASTEF. Un texte vivement critiqué, y compris par la coalition Diomaye président, qui l’accuse de viser principalement à garantir l’éligibilité de Ousmane Sonko, chef du Pastef.
La fracture au sommet de l’État sénégalais semble se creuser de jour en jour. Depuis l’affirmation de la coalition Diomaye président, marquant la volonté de Bassirou Diomaye Faye de s’émanciper politiquement du PASTEF, les divergences se cristallisent. Elles portent désormais sur un enjeu central : la possible candidature de Ousmane Sonko à la prochaine élection présidentielle.
Coalition Diomaye Président contre le PASTEF !
Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko : la fin d’une idylle politique ?
C’est devant la presse à son siège que la coalition Diomaye Président a présenté ce lundi, sa position concernant le projet de réforme électorale. Outre les griefs comme absence de concertation avec l’opposition, procédure d’urgence déclenchée pour l’examen du texte à l’Assemblée nationale, c’est la question de l’égibilité de Sonko, objet du projet de réforme, qui cristalise l’attention.
En l’état, le projet soutenu par le PASTEF permettrait d’appliquer la loi à des faits antérieurs, ouvrant potentiellement la voie à l’éligibilité de Sonko. Pour Aminata Touré, superviseure générale de la coalition, la critique est d’abord méthodologique. « On est d’accord sur le principe. Le principe avait été accepté dès le début, depuis deux ans : que plus jamais la justice ne se mêle de l’élimination politicienne de candidats. Maintenant, c’est sur la forme qu’on a un problème. La démocratie ne se résume pas à l’éligibilité d’une personne », estime-t-elle.
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La coalition soutien une réforme du code électoral, mais plus large et exclut le principe de rétroactivité introduit dans l’article 2 du projet de loi du Pastef. Me Abdoulaye Tine, responsable des cadres de la coalition, explique que ce principe de rétroactivité est contraire au droit. « Le droit est bâti sur un principe : la sécurité juridique. Les décisions définitives qui sont revêtues de l’autorité de chose jugée ou les situations acquises en droit administratif ne peuvent pas, même avec une loi, être déclarées rétroactives ».
Mais derrière cet argumentaire technique, certains observateurs y voient une manœuvre politique plus profonde, susceptible de redéfinir les rapports de force au sommet de l’État. L’émergence récente de la coalition Diomaye président renforce cette lecture. Apparue comme un soutien au président, elle s’affirme progressivement comme un contrepoids au PASTEF et à l’influence de Sonko. Cette dynamique interne traduit des divergences stratégiques sur la gestion du pouvoir et la préparation des échéances électorales.
Ce nouvel épisode rend légitime l’interrogation selon laquelle la coalition Diomaye président chercherait à contenir l’ascension politique de Ousmane Sonko et l’empêcher d’être un adversaire à la prochaine présidentielle ? En effet, M. Sonko avait été empêché de se présenter au scrutin de février 2024 après une condamnation pour diffamation. La Cour suprême du Sénégal avait aussi rejeté en juillet 2025 un recours de M. Sonko contre cette condamnation, relançant le débat sur son éligibilité.
Toutefois, la loi d’amnistie adoptée en mars 2024, et modifiée en avril 2025, couvre des infractions commises durant certaines périodes de troubles. Cette amnistie avait non seulement permis à Sonko de voter mais aussi de se présenter aux législatives de novembre 2024.






