
Le retour de Paul Biya à Yaoundé met fin à 74 jours d’absence, mais pas aux interrogations qui ont accompagné son séjour prolongé en Suisse. À 93 ans, le président camerounais doit désormais rassurer sur sa capacité à exercer pleinement le pouvoir, clarifier la question de la continuité de l’État et répondre aux doutes suscités par les décisions prises en son nom pendant son absence.
Paul Biya est de nouveau au Cameroun. Arrivé à Yaoundé le 20 août après plusieurs semaines passées en Suisse, le chef de l’État a été accueilli par des militants du RDPC et par les responsables de son entourage. Mais au-delà des images de son retour, une question demeure : que va-t-il faire maintenant ? Son absence prolongée avait alimenté les spéculations sur son état de santé et sur la capacité réelle du président à diriger le pays. Elle avait également relancé un vieux débat sur la concentration du pouvoir autour d’un homme de 93 ans.
Paul Biya devra d’abord rassurer sur l’exercice réel du pouvoir
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Le premier enjeu est probablement celui de l’autorité présidentielle. La Constitution camerounaise confie au président des responsabilités centrales : il définit la politique de la Nation, veille au respect de la Constitution et garantit le fonctionnement régulier des pouvoirs publics. Or, pendant 74 jours, l’absence d’apparitions publiques et le faible niveau de communication officielle ont laissé une partie de l’opinion s’interroger sur la manière dont les décisions étaient effectivement prises à Yaoundé. Le retour de Paul Biya ne suffira donc pas, à lui seul, à dissiper ces interrogations. Le chef de l’État devra montrer, par son agenda, ses audiences, ses décisions et éventuellement une prise de parole, qu’il entend reprendre pleinement les commandes de l’appareil d’État.
La deuxième question concerne la continuité du pouvoir. La révision constitutionnelle promulguée le 14 avril 2026 a créé le poste de vice-président de la République, qui assurerait l’intérim en cas de vacance du pouvoir; mais ce poste n’est toujours pas pourvu. Ce vide laisse place à l’ancien dispositif constitutionnel camerounais qui prévoit qu’en cas de vacance de la présidence pour décès, démission ou empêchement définitif constaté par le Conseil constitutionnel, l’intérim revient de plein droit au président du Sénat, puis à son suppléant. Cette absence de 74 jours a donc ravivé le débat sur la préparation institutionnelle à une éventuelle incapacité durable du chef de l’État. Paul Biya va-t-il nommer un vice-président pour mettre fin à ce débat ?
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Autre sujet délicat : les décrets pris au nom de Paul Biya pendant son séjour à l’étranger. Plusieurs décisions officielles ont continué à être publiées durant cette période, notamment sur le site de la présidence et dans les documents administratifs de l’État. Leur existence a permis au pouvoir de soutenir que les institutions continuaient de fonctionner. Mais dans une opinion déjà préoccupée par l’absence du président, ces actes ont également nourri une interrogation plus politique que juridique : Paul Biya était-il réellement à l’origine de toutes ces décisions ? Son retour pourrait être l’occasion de lever ces doutes, en assumant publiquement les principales décisions prises pendant son absence et en donnant davantage de visibilité au processus de décision au sommet de l’État.
Enfin, le véritable test sera celui de l’agenda de Paul Biya après son retour. Le président devra notamment se pencher sur les dossiers politiques et sécuritaires du pays, mais aussi sur les tensions nées de la présidentielle de 2025 et sur les attentes d’une population confrontée à un pouvoir dirigé depuis 1982 par le même homme. Surtout, son retour ne pourra pas éternellement repousser la question que les 74 derniers jours ont rendue incontournable : comment le Cameroun entend-il garantir la continuité effective de l’État lorsque son président, très âgé, est durablement absent ou n’est plus en mesure d’exercer pleinement ses fonctions ? C’est probablement cette question, plus encore que son retour à Yaoundé, qui constituera le véritable enjeu de la nouvelle séquence politique camerounaise.




